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Les délocalisations mise en ligne: jeudi 15 décembre 2005
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Dans la même rubrique :
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Le sommaire de la lettre du mois :
numero 15 de la lettre de décembre 2005
Après la secousse du Référendum
par
Les délocalisations
Colloques
Compte-rendu de l’Université d’automne
par ,
Humanisation et démocratiesation des fins de vie
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Les délocalisations ont récemment fait l’objet d’un débat parfois vif en France, mais aussi en Allemagne par exemple. Même des pays « hôtes » comme le Maghreb ou le Mexique sont touchés par la concurrence Chinoise. En fait, ce vocable recouvre des situations différenciées qu’il convient d’analyser finement. Ensuite, il faudra essayer d’évaluer les délocalisations du point de vue des pays émergents. Enfin, on s’interrogera sur les pistes d’actions possibles pour la France et l’Europe. Définition des délocalisations Les délocalisations les plus voyantes concernent le textile ( qui a perdu plus de la moitié de ses effectifs en 15/20 ans ) ou celles des activité de services ou de montage de bas niveau ( centres d’appels, composition de livres, saisie de données, montage d’appareils d’électronique grand public,...). Elles sont souvent le fait de sociétés Françaises qui voient là le moyen d’augmenter leur rentabilité, de résister à la pression de la grande distribution ( textile, articles de plage ) et de ne baisser que marginalement leurs prix de vente. Ces sociétés Françaises trouvent à l’étranger une main d’œuvre souvent docile ( les régimes autoritaires y veillent ), peu payée et un niveau de cotisations sociales très faible. Des études ont chiffré l’ampleur de telles délocalisations à quelques dizaines de milliers de postes perdus par la France chaque année.. Toutefois, cette vision est trop restrictive car elle n’inclut pas toutes les entreprises Françaises contraintes à cesser certaines productions ou à se retrouver en faillite faute de pouvoir aligner leurs prix sur ceux de la concurrence. On arrive alors à un chiffre nettement supérieur si l’on tient compte des pertes de positions stratégiques de la France (dans l’industrie, mais aussi dans l’agriculture comme le montrent les problèmes des filières lait ou sucre). Ces types de délocalisations ne doivent pas être confondus avec l’implantation à l’étranger de sociétés Françaises intégrées dans les marchés locaux. Par exemple, Renault a, au départ, investi en Turquie et en Roumanie pour servir ces marchés, puis, la montée en puissance de ces usines ont permis d’exporter sur d’autres marchés. La situation est aussi différente lorsqu’il s’agit de sociétés étrangères qui arbitrent entre plusieurs pays (IBM ou HP récemment) ou leurs pays d’origine et la France. La frustration des salariés vient du fait que les entités locales sont rentables mais que la maison mère exige toujours plus de dividendes. La mondialisation des échanges commerciaux En fait, le commerce international est une notion ancienne déjà étudiée au XVIIIème et au XIXème siècle ( Ricardo par exemple ). Les théories de cette époque prétendent que les pays doivent se spécialiser dans ce qu’ils font de mieux et tout le monde y gagnera : le Portugal échangera son vin contre des textiles anglais au lieu d’essayer d’en produire à un coût supérieur. Les théories libérales ont continué à se développer :
Une véritable révolution s’opère alors au niveau des coûts de production et de la création de valeur :
Ceci explique pourquoi de plus en plus de sociétés des pays développés ont fait le choix de faire fabriquer en Asie, notamment, leurs produits pour se concentrer sur la création, le marketing et la distribution locale. De même, les tâches administratives bas de gamme peuvent être sous-traitées sans problème. Le point de vue des pays émergents
Ces pays ont quasiment tous pâti du colonialisme. Vers 1850, les ouvriers Indiens du textile étaient potentiellement aussi efficaces que les ouvriers Anglais mais :
On peut aussi arriver à une concurrence sans fin entre pays pauvres. On commence à assister à des délocalisations de Hongrie (salaire de 600€/ mois) vers la Roumanie ou l’Ukraine (salaires de 100 à 200€/mois). Le cas particulier de la Chine
La Chine a connu des périodes de prospérité économique et de nombreuses inventions (papier, poudre à canon,...) y ont vu le jour. Le repli sur elle-même a ralenti son développement mais elle représentait 30% du PIB mondial au XVIIème siècle ( vs 22% pour les USA actuellement).
Le déclin interne, la période coloniale, les guerres du début du XXème siècle puis la période maoïste ont conduit à une situation de faible développement économique. Ces 200 ans sont actuellement vus par les dirigeants chinois comme une parenthèse, un assoupissement.
Le développement de la Chine est atypique :
A contrario, la Chine doit résoudre de formidables problèmes ( approvisionnement en matières premières, inégalités villes/campagnes et paysans migrants, assainissement du secteur bancaire et restructuration du secteur public, environnement, ...) qui génèreront à certains moments des crises sérieuses. Globalement, la Chine connaît actuellement un fort développement (au nom de quoi pourrait-on le lui interdire ?), développement qui aura des conséquences majeures sur les équilibres économiques et stratégiques mondiaux et ne se fera pas sans connaître de soubresauts. Comment les pays développés doivent-ils réagir ? En se protégeant ? En réalité, la question majeure concerne la façon dont la Chine gérera sa surcompétitivité actuelle :
Le développement de l’Inde se fait différemment (la démocratie indienne se caractérise par une certaine lenteur. L’Inde vise plus les services que la production, la diaspora Indienne est moins puissante que la diaspora Chinoise ...), mais aura aussi - à terme - un impact significatif sur le marché. La situation en Europe Même si la situation par pays ou par région peut s’avérer contrastée, l’Europe va mal :
Ceci entraîne des réactions parfois racistes voire des tensions vis-à-vis des nouveaux entrants (cf : « le plombier polonais » figure emblématique du débat sur la Constitution européenne ou « l’infirmier lithuanien »). Quelles pistes pour des solutions ? Elles devront tenir compte de cette situation ; du droit des PVD au développement ; de l’évolution des technologies,... Le développement de la Chine et de l’Inde mettra rapidement en question le modèle de développement classique des pays développés : on ne pourra fournir un 4x4 à chaque famille chinoise !
Ce modèle devra donc :
La baisse des salaires (en France, en Europe ?) ou la flexibilisation/précarisation demandée par certains patrons est un leurre. Les écarts sont beaucoup trop grands ( de 1 à 10/20) pour être comblés rapidement et le SMIC est déjà à un niveau faible par rapport au coût de la vie en France. La Chine notamment, dispose d’une « armée de réserve » de plusieurs centaines de milliers de personnes : la montée des salaires Chinois sera très graduelle sauf en cas de décision politique du gouvernement Chinois. De plus, la concurrence chinoise risque de tirer vers le bas les salaires dans les pays intermédiaires ( Maghreb, Mexique, voire Turquie). Cet état de fait ne doit pas faire renoncer à l’application de normes sociales croissantes dans les PVD dans des domaines comme le travail des enfants, celui des prisonniers, en matière de couverture maladie, d’indemnisation du chômage, mais aussi s’agissant des retraites et de la liberté syndicale, ...) La piste fiscale peut s’avérer plus productive. A l’intérieur de l’UE, il faudra tendre vers une harmonisation fiscale même si plusieurs pays sont réticents. C’est une condition pour un développement harmonieux et respectueux de l’environnement et l’on pourrait commencer par harmoniser l’impôt sur les sociétés à 30% (peu d’entreprises choisissent un pays d’implantation sur ce critère). Une partie de cet impôt pourrait alimenter le budget européen. Ensuite, on pourrait étudier une hausse de la TVA. Celle-ci bien que non redistributive, frappe tous les biens consommés, importés comme produits en France. Il faudrait utiliser ce surplus pour baisser les cotisations sociales (la part « employés » pour accroître le pouvoir d’achat à court terme ou la part « employeur » pour accroître la compétitivité des entreprises). Enfin, certains proposent une taxe à l’importation pour les biens et services entrant dans l’UE ( une sorte de droit d’accès au marché ). Hormis le fait qu’elle est contraire aux règles de l’OMC ( ceci pourrait se négocier), il faut savoir ce qui en sera fait :
Le recours à des campagnes « citoyennes » a montré ses limites :
Une piste communément citée est l’accroissement de l’effort de Recherche & Développement et de formation. L’Europe est en retard dans ces domaines et fait même preuve d’un véritable « désarmement technologique ». L’accroissement du budget Européen doit servir à financer de grands projets qui génèreront les Airbus ou Ariane de demain. De même, l’effort de formation doit être accru au niveau des entreprises. Une façon de garder une certaine avance technologique est aussi de ne pas brader les technologies les plus pointues notamment pour obtenir des marchés en Chine (cf la stratégie des firmes Japonaises en Chine). Cette piste a ses limites car les transferts de technologies se font plus vite que l’innovation d’une part et la capacité d’assimilation des nouvelles technologies par de nombreux ouvriers ou cadres de PVD est beaucoup plus élevée que prévue (ce qui va à l’encontre des visions racistes ou méprisantes de certains Occidentaux). A contrario, une politique industrielle Européenne digne de ce nom permettrait de dégager des marges de manœuvre. Dans quels secteurs voulons-nous investir fortement et garder une place de premier rang ? Acceptons-nous d’abandonner la production de certains biens et services ? Quelle place pour ceux qui ne peuvent pas participer aux secteurs de pointe (par exemple dans le domaine des emplois précaires voire, de domesticité ou des emplois de services et de lien social avec une formation, un vrai savoir-faire et une forme de reconnaissance ou de statut) ? De même, l’Europe doit chercher à tirer un meilleur parti du potentiel de ses « industries culturelles ». Enfin, une négociation ferme doit avoir lieu sur les parités monétaires pour éviter la surévaluation l’Euro (notamment vis-à-vis de la BCE) et la trop forte sous-évaluation du Yuan et de quelques autres monnaies asiatiques. Une sous-évaluation limitée est nécessaire pour ces pays mais elle doit pouvoir être corrigée dès qu’elle devient excessive. De même, les coûts de transport doivent être accrus (normes sociales et sécurité mais aussi prise en compte des coûts environnementaux). Conclusion Il n’existe pas de solution miracle permettant de préserver les intérêts des PVD et d’éviter les délocalisations et/ou les transferts de technologies. D’autre part les PVD ont le droit de se développer, mais si possible selon un modèle « durable ». Les pays développés devront aussi revoir leur modèle de développement. La mise en place de négociations sur les parités monétaires et sur les volumes exportés serait utile pour éviter des crispations voire des affrontements (de bonnes négociations ne pourront avoir lieu que si la France et l’Europe établissent un rapport de force favorable). L’intervention de l’actuelle OMC n’est certainement pas le moyen approprié : une assemblée économique mondiale (une OMC rénovée ?) représentant les intérêts des différents groupes (USA, UE, Chine, Inde, Brésil, mais aussi PVD ou PMA) devrait être instaurée pour faciliter le développement mondial. La mise à son service d’un FMI et d’une Banque Mondiale rénovés lui permettrait d’agir plus efficacement. Enfin, une coopération économique accrue est indispensable en Europe : réorientation du rôle de la BCE, budget Européen accru pour une relance, dynamisation de la recherche et grands projets industriels, plan de développement pour les nouveaux entrants, harmonisation fiscale graduelle. |
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