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Ramener le système financier mondial à ses missions fondamentales par
mise en ligne: samedi 21 mars 2009
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Dans la même rubrique :
Une réflexion sur l’avenir du capitalisme.
La crise du système de santé
Les délocalisations
Le sommaire de la lettre du mois :
lettre N° 24, mars avril 2009
Après Gaza : une nouvelle donne
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Autour de la crise financière
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Comment sortir de la crise ?
par
Dépasser le capitalisme
par
Quelle évolution du leadership américain ?
par
Où va la Russie ?
par
Ramener le système financier mondial à ses missions fondamentales
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Ce document présente les résultats d’une commission du Cercle Condorcet qui s’est réunie de Mars 2008 à Janvier 2009 pour étudier la crise financière que nous vivons actuellement et pour en tirer des leçons quant aux mesures nécessaires pour prévenir l’apparition de crises similaires. Cette recherche s’intègre dans les travaux du Cercle sur la nécessaire refondation de notre société (autour de nouveaux paradigmes économique, social, écologique et culturel). La crise financière que nous traversons est, de très loin, la plus sévère depuis la Grande Dépression. L’intervention massive, coordonnée et rapide des banques centrales, qui a permis d’empêcher l’implosion du système financier mondial, se poursuit sans désemparer pour animer les différents marchés du crédit atteints par la défiance des prêteurs . Elle a du être complétée par différents plans de sauvetage bancaires qui vont peser lourdement sur les comptes publics, aux Etats-Unis comme en Europe occidentale. Dans son sillage, une crise économique chaque jour plus inquiétante a commencé aux Etats-Unis comme en Europe : une récession mondiale de l’industrie est constatable dès l’automne 2008. Les pays émergents sont atteints à leur tour par le repli de la demande occidentale et par la baisse brutale des prix des matières premières. Cette crise nécessite une analyse approfondie des évènements récents et des mesures à prendre pour la résoudre. Il est évident qu’il faut aller au-delà des aspects techniques et s’interroger sur un renouvellement nécessaire du rôle de la finance dans l’économie. I- Les Crises Financières Passées et la Crise Actuelle Les crises financières en système capitaliste sont fréquentes et variées. Depuis 10 ans, plusieurs crises ont eu lieu : la crise Asiatique et Russe, LTCM , la bulle Internet, la crise de l’Argentine, la crise des subprimes (fortement aggravée par le phénomène de titrisation), en attendant peut-être celle des LBO’s . On peut encore citer, au cours des décennies précédentes, la crise Mexicaine, la crise des Caisses d’Epargne Américaines ou de l’immobilier de 1990-1992 , les problèmes financiers à répétition des pays Sud-Américains et l’échec du recyclage des pétrodollars. La crise actuelle est atypique, car elle est le fruit de plusieurs errements qui se sont renforcés mutuellement :
Dès la fin de 2005 (début du retournement réel du marché immobilier Américain), des économistes, tels Paul Krugman, récent prix Nobel, ou Nouriel Roubini, professeur à New York, avaient mis en garde contre les risques liés à la bulle du marché hypothécaire américain sans être entendus. Malgré la diversité des épisodes et des domaines concernés des crises financières, il est possible d’en décrire le mécanisme qui est souvent le même :
II- La Gestion à Court Terme de la Crise La gestion de la crise, malgré les hésitations (refus de sauver la banque d’affaires Lehmann Brothers, refus du premier plan Paulson par la Chambre des Représentants, cavalier seul des Irlandais, première réaction de repli d’Angela Markel), a montré que le dogme de l’autorégulation des marchés financiers avait vécu. Elle a eu deux buts principaux :
Dans le premier cas, les gouvernements ont garanti les dépôts des particuliers et les banques centrales ont massivement injecté des liquidités de façon temporaire. Ceci a conduit à une étatisation du crédit. Dans le second cas, les gouvernements ont investi des sommes nettement inférieures (quelques dizaines de milliards d’Euros) pour éviter la faillite de banques. Dans quelques cas extrêmes, les banques ont même été nationalisées (Northern Rock, RBS, Fortis). Les prises de participations (temporaires dans leur principe) des gouvernements ont peut-être aussi visé à éviter que les principales banques d’un pays ne passent sous contrôle étranger : la capitalisation boursière de nombreux établissements a fondu, depuis le début de 2008, de telle manière que nombre de banques sont devenues opéables (Barclays, Citigroup ou Société Générale par exemple), notamment par des fonds souverains . L’intervention massive des banques centrales, la coordination entre les Etats, la mise de côté totale des règles de la concurrence aux Etats-Unis et, provisoirement, selon le commissaire bruxellois Nellie Kroes, en Europe, ont permis d’empêcher un krach financier général, sans toutefois que l’on ait vraiment apuré les bilans des différentes institutions financières, donc sans que l’on soit sûr de ne pas vivre un tel krach dans les mois qui viennent. III- Quelles Réponses à Plus Long Terme ? La première réponse, proposée par de nombreux intervenants, est une plus forte régulation puisque les marchés ne sont pas capables de s’autoréguler. De nombreuses pistes sont à explorer dans ce sens. Toutefois, il faudra aussi s’interroger sur la nécessité d’une refondation des relations entre la finance et le reste des activités économiques, voire humaines. I- Les Crises Financières Passées et la Crise Actuelle Les crises financières en système capitaliste sont fréquentes et variées. Depuis 10 ans, plusieurs crises ont eu lieu : la crise Asiatique et Russe, LTCM , la bulle Internet, la crise de l’Argentine, la crise des subprimes (fortement aggravée par le phénomène de titrisation), en attendant peut-être celle des LBO’s . On peut encore citer, au cours des décennies précédentes, la crise Mexicaine, la crise des Caisses d’Epargne Américaines ou de l’immobilier de 1990-1992 , les problèmes financiers à répétition des pays Sud-Américains et l’échec du recyclage des pétrodollars. La crise actuelle est atypique, car elle est le fruit de plusieurs errements qui se sont renforcés mutuellement :
II- La Gestion à Court Terme de la Crise La gestion de la crise, malgré les hésitations (refus de sauver la banque d’affaires Lehmann Brothers, refus du premier plan Paulson par la Chambre des Représentants, cavalier seul des Irlandais, première réaction de repli d’Angela Markel), a montré que le dogme de l’autorégulation des marchés financiers avait vécu. Elle a eu deux buts principaux :
Dans le premier cas, les gouvernements ont garanti les dépôts des particuliers et les banques centrales ont massivement injecté des liquidités de façon temporaire. Ceci a conduit à une étatisation du crédit. Dans le second cas, les gouvernements ont investi des sommes nettement inférieures (quelques dizaines de milliards d’Euros) pour éviter la faillite de banques. Dans quelques cas extrêmes, les banques ont même été nationalisées (Northern Rock, RBS, Fortis). Les prises de participations (temporaires dans leur principe) des gouvernements ont peut-être aussi visé à éviter que les principales banques d’un pays ne passent sous contrôle étranger : la capitalisation boursière de nombreux établissements a fondu, depuis le début de 2008, de telle manière que nombre de banques sont devenues opéables (Barclays, Citigroup ou Société Générale par exemple), notamment par des fonds souverains . L’intervention massive des banques centrales, la coordination entre les Etats, la mise de côté totale des règles de la concurrence aux Etats-Unis et, provisoirement, selon le commissaire bruxellois Nellie Kroes, en Europe, ont permis d’empêcher un krach financier général, sans toutefois que l’on ait vraiment apuré les bilans des différentes institutions financières, donc sans que l’on soit sûr de ne pas vivre un tel krach dans les mois qui viennent. III- Quelles Réponses à Plus Long Terme ? La première réponse, proposée par de nombreux intervenants, est une plus forte régulation puisque les marchés ne sont pas capables de s’autoréguler. De nombreuses pistes sont à explorer dans ce sens. Toutefois, il faudra aussi s’interroger sur la nécessité d’une refondation des relations entre la finance et le reste des activités économiques, voire humaines. III-a Quelles nouvelles règles respectées par tous ? De nombreuses pistes ont été proposées (certaines d’entre elles ont déjà fait l’objet de décisions au moins au niveau politique) :
On insistera sur l’encadrement de la titrisation et de l’effet de levier sans lesquels toutes les innovations toxiques de ces dernières années (CDO, CDS) n’auraient pas pu voir le jour. Ce double processus a conduit à une véritable création de « fausse monnaie » à l’échelon mondial, à partir d’une déresponsabilisation des prêteurs. Il a été favorisé par la déréglementation voulue par des opérateurs financiers qui se sont illusionnés sur leur capacité de traiter le risque de marché à partir de modèles mathématiques. Ce schéma implique une acceptation générale de ces règles (le consensus risque de se limiter à quelques règles générales et peu contraignantes). Sinon, une partie des capitaux seront transférés vers des pays ne les appliquant pas et permettant une plus grande spéculation, donc peut-être la possibilité de rendements plus élevés. La solution de la crise financière passe donc par la mise au pas des paradis fiscaux. Ceci est loin d’être gagné, comme le montre l’absence de la Suisse et du Luxembourg à la conférence internationale traitant de ce sujet. Des financiers Américains réfléchissent déjà à des produits ou à des plates-formes permettant de s’exonérer des régulations prévues : il faut donc instaurer des règles génériques et des contrôles très en amont. Au-delà de ces considérations, il convient de comprendre que les innovations financières de ces dernières années ont peu à voir avec les innovations des entrepreneurs « à la Schumpeter ». Comme elles consistent principalement à créer des gisements « à risque » dans le but de trouver de hauts rendements, elles entraînent l’adhésion de tous les opérateurs habités du même esprit d’avidité, sur la base d’une connivence implicite, tandis que les innovations des marchés économiques sont soumises à l’arbitrage d’acheteurs dont les intérêts sont profondément différents. C’est pourquoi les nouveaux « produits financiers » ne devraient être introduits qu’avec un accord formel des autorités publiques concernées et soumis à un suivi scrupuleux. En effet, les règles proposées ne visent pas à étouffer les innovations utiles : les subprimes, les junk bonds ou le recyclage des pétrodollars au début en quantité limitée étaient de bonnes idées. Les entreprises industrielles travaillant avec des matières premières ou les compagnies aériennes ont besoin de pouvoir se couvrir et donc de marchés à terme (qu’il ne s’agit pas de « fermer », mais de contrôler strictement et de focaliser sur des services directement liés à l’économie) III-b Une approche plus globale Cette crise constitue une défaite profonde pour le libéralisme économique et pour les tenants de l’autorégulation des marchés. La cupidité l’a emporté. Des solutions techniques temporaires (et peut-être malheureusement insuffisantes) à la crise financière actuelle ont été trouvées, mais elles auront un coût significatif et cette crise induit une crise économique sévère. Il est donc proposé de passer d’un schéma où : l’Homme est subordonné à l’économie qui est subordonnée à la finance (valeur pour l’actionnaire, taux de rendement de 15 % sur fonds propres, …) à un schéma où : la finance est au service de l’économie qui est au service de l’Homme (prise en compte de la dimension écologique voire culturelle) et où le moyen terme et le long terme seront pris en compte En effet, le système actuel conduit à une « double peine » des couches modestes :
Cette vision plus globale doit se traduire au niveau institutionnel : • Le FMI, ou une autre entité moins controversée et plus indépendante, pourrait gérer un système d’alerte : plus une crise couve longtemps plus elle s’avère destructrice. Le premier ralentissement de l’immobilier Américain a eu lieu en octobre 2005 et la crise n’a éclaté réellement qu’entre l’été 2007 et l’été 2008. Même si le FMI (ou cette nouvelle entité à définir) n’est pas mandaté pour jouer les Cassandre, il doit informer les marchés, les gouvernements et les citoyens pour limiter les périodes d’euphorie irraisonnée. En outre, le FMI doit mieux intervenir au niveau des prêts effectués à certains pays pour éviter des taux d’intérêts exorbitants, surtout quand lui-même les garantit (et se comporte en fait en rehausseur de crédit). • La double question de l’indépendance et des missions des banques centrales se pose :
Il faut donc élaborer un système de gouvernance des banques centrales sophistiqué (et moins dépendant des marchés) et organiser la coopération entre la BCE et un gouvernement économique de la zone Euro à construire. • Il faudra aussi s’interroger sur les bienfaits des accords de Lomé et du principe des caisses de stabilisation de matières premières agricoles. Une part importante de ces systèmes a été démantelée sous la pression des « marchés » et des libéraux. Une réorganisation s’impose. Les biens vitaux ne peuvent pas être des supports d’actifs financiers. • Si les Etats investissent significativement dans les banques de leurs pays, voire deviennent actionnaires de référence ou à 100%, quel va être leur comportement ? Limiteront-ils les rémunérations des dirigeants et des traders ? Mettront-ils le crédit plus au service de l’investissement et de l’économie productive que de la spéculation (via les effets de levier) ? Comment seront organisées les éventuelles privatisations ultérieures ? • Comment tirer parti de cette crise pour approfondir la construction économique Européenne (zone Euro, zone Euro + Grande Bretagne, Europe des 27) ? Il est indispensable de regagner la confiance des citoyens Européens qui a été très ébranlée par le comportement et les mensonges des dirigeants du système financier. En outre, l’établissement d’un monde multipolaire semble s’imposer pour empêcher le dumping social, qui est bien le ressort caché de la crise financière, et le dumping environnemental, toujours menaçant, malgré les prises de position officielles. Il s’agit pour chaque zone du monde de trouver ses équilibres, en échappant au « struggle for life » imposé par le libre-échange inconditionnel et, donc, de passer du libre-échange au « juste-échange ». Une réflexion devra aussi être menée sur la gestion du temps : un hiatus majeur existe entre la finance « moderne » qui vit dans l’instant et la volatilité et l’économie productive qui a des horizons de temps beaucoup plus longs (de 6 mois dans le textile à 6-8 ans dans l’automobile et à 15-20 ans dans l’énergie). La réorientation nécessaire des bourses implique de donner plus de poids aux actionnaires « durables ». L’Europe pourrait prendre l’initiative en ce sens, pour soustraire ses entreprises à la tyrannie de la « shareholder value ». Dans le même esprit, l’évaluation des résultats des entreprises ne doit plus se faire en fonction de la publication de résultats trimestriels, mais sur une période de quelques années (même si des résultats au moins semestriels doivent continuer à être publiés par souci de transparence). De même, la rémunération des banquiers devrait être calculée en tenant compte des résultats de leurs actions sur 2 à 4 ans et non sur 6 à 12 mois. Enfin, le système financier devra donc revenir à ses missions fondamentales :
IV- Conclusion Même si la crise financière semble avoir été contenue à court terme (mais pas forcément résolue) par des mesures techniques, elle a d’ores et déjà des conséquences durables sur les plans économique et politique. Cette crise financière est le reflet d’une dérive incontrôlée et d’une crise morale profonde du capitalisme : finance-casino où la Bourse ne joue plus son rôle de financement à long terme des entreprises, « avidité » des intermédiaires financiers, prééminence du court terme, privatisation des profits et socialisation des pertes, pour favoriser toujours plus le capital au détriment du travail dans la répartition des richesses. En outre, il ne faudra pas oublier qu’un monde globalisé est plus enclin à générer des crises économiques . Le désarroi, qui en résulte, notamment des citoyens Européens, génère une forte demande vis à vis des hommes politiques : explication de la crise et, éventuellement, du monde dans lequel nous vivons. Nous sommes face à un point de rupture important où la finance doit retourner à ses missions fondamentales et se mettre au service de l’économie qui doit être au service de l’Homme. Nous devons collectivement faire émerger un nouveau paradigme économique, social, écologique et culturel viable et durable pour le XXIème siècle. L’émergence de ce « nouveau monde » ne se fera pas sans résistance (de ceux qui ont récemment failli et dont la position a été remise en cause, mais aussi conservatisme de ceux qui sont en difficulté) et nécessitera la création d’un nouveau consensus politique (auprès de quelles couches sociales ?). Il sera sans doute nécessaire de mettre en avant le prix qui a dû être payé pour endiguer la crise actuelle : tous ces capitaux injectés pour sauver le système financier devront, soit être remboursés par les générations futures, soit être gommés par le recours à l’inflation pendant de nombreuses années. La crise actuelle risque donc d’entraîner un abaissement important de la position Américaine, mais aussi du système capitaliste. Toutefois, il ne faut pas que certains se réjouissent automatiquement d’un éventuel effondrement rapide du système capitaliste. En effet, la crise pourrait, certes, déboucher sur un modèle plus régulé viable à long terme notamment sur le plan écologique, mais aussi voir l’émergence de régimes autocratiques ou l’apparition de « trous noirs » politiques ou de féodalités comme l’Afrique des Grands Lacs, l’Afghanistan ou l’Asie Centrale. De nombreuses pistes ont été proposées (certaines d’entre elles ont déjà fait l’objet de décisions au moins au niveau politique) :
On insistera sur l’encadrement de la titrisation et de l’effet de levier sans lesquels toutes les innovations toxiques de ces dernières années (CDO, CDS) n’auraient pas pu voir le jour. Ce double processus a conduit à une véritable création de « fausse monnaie » à l’échelon mondial, à partir d’une déresponsabilisation des prêteurs. Il a été favorisé par la déréglementation voulue par des opérateurs financiers qui se sont illusionnés sur leur capacité de traiter le risque de marché à partir de modèles mathématiques. Ce schéma implique une acceptation générale de ces règles (le consensus risque de se limiter à quelques règles générales et peu contraignantes). Sinon, une partie des capitaux seront transférés vers des pays ne les appliquant pas et permettant une plus grande spéculation, donc peut-être la possibilité de rendements plus élevés. La solution de la crise financière passe donc par la mise au pas des paradis fiscaux. Ceci est loin d’être gagné, comme le montre l’absence de la Suisse et du Luxembourg à la conférence internationale traitant de ce sujet. Des financiers Américains réfléchissent déjà à des produits ou à des plates-formes permettant de s’exonérer des régulations prévues : il faut donc instaurer des règles génériques et des contrôles très en amont. Au-delà de ces considérations, il convient de comprendre que les innovations financières de ces dernières années ont peu à voir avec les innovations des entrepreneurs « à la Schumpeter ». Comme elles consistent principalement à créer des gisements « à risque » dans le but de trouver de hauts rendements, elles entraînent l’adhésion de tous les opérateurs habités du même esprit d’avidité, sur la base d’une connivence implicite, tandis que les innovations des marchés économiques sont soumises à l’arbitrage d’acheteurs dont les intérêts sont profondément différents. C’est pourquoi les nouveaux « produits financiers » ne devraient être introduits qu’avec un accord formel des autorités publiques concernées et soumis à un suivi scrupuleux. En effet, les règles proposées ne visent pas à étouffer les innovations utiles : les subprimes, les junk bonds ou le recyclage des pétrodollars au début en quantité limitée étaient de bonnes idées. Les entreprises industrielles travaillant avec des matières premières ou les compagnies aériennes ont besoin de pouvoir se couvrir et donc de marchés à terme (qu’il ne s’agit pas de « fermer », mais de contrôler strictement et de focaliser sur des services directement liés à l’économie) III-b Une approche plus globale Cette crise constitue une défaite profonde pour le libéralisme économique et pour les tenants de l’autorégulation des marchés. La cupidité l’a emporté. Des solutions techniques temporaires (et peut-être malheureusement insuffisantes) à la crise financière actuelle ont été trouvées, mais elles auront un coût significatif et cette crise induit une crise économique sévère. Il est donc proposé de passer d’un schéma où : l’Homme est subordonné à l’économie qui est subordonnée à la finance (valeur pour l’actionnaire, taux de rendement de 15 % sur fonds propres, …) à un schéma où : la finance est au service de l’économie qui est au service de l’Homme (prise en compte de la dimension écologique voire culturelle) et où le moyen terme et le long terme seront pris en compte En effet, le système actuel conduit à une « double peine » des couches modestes :
Cette vision plus globale doit se traduire au niveau institutionnel : • Le FMI, ou une autre entité moins controversée et plus indépendante, pourrait gérer un système d’alerte : plus une crise couve longtemps plus elle s’avère destructrice. Le premier ralentissement de l’immobilier Américain a eu lieu en octobre 2005 et la crise n’a éclaté réellement qu’entre l’été 2007 et l’été 2008. Même si le FMI (ou cette nouvelle entité à définir) n’est pas mandaté pour jouer les Cassandre, il doit informer les marchés, les gouvernements et les citoyens pour limiter les périodes d’euphorie irraisonnée. En outre, le FMI doit mieux intervenir au niveau des prêts effectués à certains pays pour éviter des taux d’intérêts exorbitants, surtout quand lui-même les garantit (et se comporte en fait en rehausseur de crédit). • La double question de l’indépendance et des missions des banques centrales se pose :
Il faut donc élaborer un système de gouvernance des banques centrales sophistiqué (et moins dépendant des marchés) et organiser la coopération entre la BCE et un gouvernement économique de la zone Euro à construire. • Il faudra aussi s’interroger sur les bienfaits des accords de Lomé et du principe des caisses de stabilisation de matières premières agricoles. Une part importante de ces systèmes a été démantelée sous la pression des « marchés » et des libéraux. Une réorganisation s’impose. Les biens vitaux ne peuvent pas être des supports d’actifs financiers. • Si les Etats investissent significativement dans les banques de leurs pays, voire deviennent actionnaires de référence ou à 100%, quel va être leur comportement ? Limiteront-ils les rémunérations des dirigeants et des traders ? Mettront-ils le crédit plus au service de l’investissement et de l’économie productive que de la spéculation (via les effets de levier) ? Comment seront organisées les éventuelles privatisations ultérieures ? • Comment tirer parti de cette crise pour approfondir la construction économique Européenne (zone Euro, zone Euro + Grande Bretagne, Europe des 27) ? Il est indispensable de regagner la confiance des citoyens Européens qui a été très ébranlée par le comportement et les mensonges des dirigeants du système financier. En outre, l’établissement d’un monde multipolaire semble s’imposer pour empêcher le dumping social, qui est bien le ressort caché de la crise financière, et le dumping environnemental, toujours menaçant, malgré les prises de position officielles. Il s’agit pour chaque zone du monde de trouver ses équilibres, en échappant au « struggle for life » imposé par le libre-échange inconditionnel et, donc, de passer du libre-échange au « juste-échange ». Une réflexion devra aussi être menée sur la gestion du temps : un hiatus majeur existe entre la finance « moderne » qui vit dans l’instant et la volatilité et l’économie productive qui a des horizons de temps beaucoup plus longs (de 6 mois dans le textile à 6-8 ans dans l’automobile et à 15-20 ans dans l’énergie). La réorientation nécessaire des bourses implique de donner plus de poids aux actionnaires « durables ». L’Europe pourrait prendre l’initiative en ce sens, pour soustraire ses entreprises à la tyrannie de la « shareholder value ». Dans le même esprit, l’évaluation des résultats des entreprises ne doit plus se faire en fonction de la publication de résultats trimestriels, mais sur une période de quelques années (même si des résultats au moins semestriels doivent continuer à être publiés par souci de transparence). De même, la rémunération des banquiers devrait être calculée en tenant compte des résultats de leurs actions sur 2 à 4 ans et non sur 6 à 12 mois. Enfin, le système financier devra donc revenir à ses missions fondamentales :
IV- Conclusion Même si la crise financière semble avoir été contenue à court terme (mais pas forcément résolue) par des mesures techniques, elle a d’ores et déjà des conséquences durables sur les plans économique et politique. Cette crise financière est le reflet d’une dérive incontrôlée et d’une crise morale profonde du capitalisme : finance-casino où la Bourse ne joue plus son rôle de financement à long terme des entreprises, « avidité » des intermédiaires financiers, prééminence du court terme, privatisation des profits et socialisation des pertes, pour favoriser toujours plus le capital au détriment du travail dans la répartition des richesses. En outre, il ne faudra pas oublier qu’un monde globalisé est plus enclin à générer des crises économiques . Le désarroi, qui en résulte, notamment des citoyens Européens, génère une forte demande vis à vis des hommes politiques : explication de la crise et, éventuellement, du monde dans lequel nous vivons. Nous sommes face à un point de rupture important où la finance doit retourner à ses missions fondamentales et se mettre au service de l’économie qui doit être au service de l’Homme. Nous devons collectivement faire émerger un nouveau paradigme économique, social, écologique et culturel viable et durable pour le XXIème siècle. L’émergence de ce « nouveau monde » ne se fera pas sans résistance (de ceux qui ont récemment failli et dont la position a été remise en cause, mais aussi conservatisme de ceux qui sont en difficulté) et nécessitera la création d’un nouveau consensus politique (auprès de quelles couches sociales ?). Il sera sans doute nécessaire de mettre en avant le prix qui a dû être payé pour endiguer la crise actuelle : tous ces capitaux injectés pour sauver le système financier devront, soit être remboursés par les générations futures, soit être gommés par le recours à l’inflation pendant de nombreuses années. La crise actuelle risque donc d’entraîner un abaissement important de la position Américaine, mais aussi du système capitaliste. Toutefois, il ne faut pas que certains se réjouissent automatiquement d’un éventuel effondrement rapide du système capitaliste. En effet, la crise pourrait, certes, déboucher sur un modèle plus régulé viable à long terme notamment sur le plan écologique, mais aussi voir l’émergence de régimes autocratiques ou l’apparition de « trous noirs » politiques ou de féodalités comme l’Afrique des Grands Lacs, l’Afghanistan ou l’Asie Centrale. |
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